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MontbaZine 2024




Le numérique et l'IA
au service des nationalistes et autocrates



Quand on fait de la prospective, parfois, on préférerait se planter. Pourtant, nous y sommes : le FN est devenu le RN, Sergey Brin [1] a quitté la lumière, mais les Google Cars continuent d’arpenter les rues pour les cartographier, et depuis 2015 les dictateurs du monde entier ont eu le temps de confirmer qu’ils étaient plus à l’aise que les démocrates pour manipuler les réseaux numériques (voir Usbek & Rica [2]). Médusés, impuissants, les "digital champions" de 2024 se contentent alors d’observer Jordan Bardella, un type aux airs de boy-scout mais aux idées nauséabondes, se rapprocher du pouvoir. Ils s’étonnent de sa passion adolescente pour les jeux vidéo ou de son omniprésence sur TikTok, sans comprendre à quel point ce bagage culturel le connecte à tout un pan de l’électorat français, malgré son incompétence crasse sur les sujets qui comptent.

 Élites larguées
Il fut un temps, pas si lointain, où les élites économiques et politiques étaient déconnectées, certes, mais "sauvées" par leur culture et leur sens des responsabilités. Cette ère est révolue. Confidence d’une ancienne journaliste ayant longtemps travaillé dans un célèbre quotidien économique français avant de changer de voie : "Je connais plein d’entrepreneurs qui relativisent les conséquences de l’arrivée possible de l’extrême droite au pouvoir tout simplement parce qu’ils n’ont plus le niveau : ils ne lisent plus, ne s’informent même plus…"

Alors que faire ? Lire. S’informer. Explorer toutes les idées susceptibles de dessiner un futur plus désirable, encore et toujours. "Il faut continuer à se laver les dents et à faire des hypothèses", nous confiait Jean d’Ormesson en 2010 [3].

Des idées neuves, le dossier principal du nouveau numéro d’Usbek & Rica en contient quelques-unes. Après avoir émis "25 propositions pour dépoussiérer la République" (2015 [4]), puis "20 idées pour retrouver le goût de l’avenir" au sortir du confinement (2020 [5]), nous avançons aujourd’hui "10 propositions pour reprendre le contrôle sur l’intelligence artificielle" 
[6]. De contrôle, de pouvoir et de gouvernance, il est aussi question dans le second dossier de ce numéro, consacré aux droits du vivant. Côté pile, un trône à reprendre ; côté face, une urne à remplir : voilà un numéro qui rappelle que tout est politique. Et que la politique finit toujours par nous rattraper, même quand on croit pouvoir regarder ailleurs.

Source : Usbek & Rica (Juillet 2024)